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Le clone est presque parfait (critique de Millénium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de David Fincher)
David Fincher renoue avec la noirceur de Seven et Zodiac en reprenant à son compte le premier volet de la célèbre saga de Stieg Larsson. Visuellement, c’est un sans faute mais il y a un os : on a déjà vu le film en 2009.
Une gêne hélas prévisible s’empare du cinéphile à la sortie de projection de Millénium. On a beau s’asseoir dans la salle en ruminant le principe que le nouveau Fincher devra être jugé sur d’autres critères que la nouveauté, rien n’y fait : le Millenium suédois, celui de Niels Arden Oplev sorti en 2009, est encore tout frais dans les mémoires et son souvenir parasite en grande partie la découverte de son cousin américain. Alors que le dossier de presse ose l’outrecuidance de n’y faire aucune référence, comme s’il n’avait jamais existé, ce premier Millenium est pourtant déjà passé par là et malgré toute la puissance dévastatrice de sa mise en scène, David Fincher n’évite pas le sentiment de redite et donc d’un certain ennui. On y croit, pourtant, à la possibilité d’une claque, lorsque ce générique d’ouverture littéralement tectonique vous violente sans crier gare la rétine et les tympans après le calme de son court prologue. Sur la reprise de l’hymne Immigrant Song du Zep’, arrangée à la sauce technoïde par Trent Reznor et hurlée par Karen O, Fincher nous assène le clip hardcore d’une étreinte entre deux entités liquides et inflammables. Une fornication païenne et violente aux portes de l’enfer, comme un pastiche metal et bondage d’un générique bondien, visage spectral de 007 filtré entre deux trames oblige…

Mikael Blomkvist (Daniel Craig, en léger surpoids pour le rôle), journaliste d'investigation pour le magazine Millénium.
L’enfer, justement, s’abat sur nous dans Millénium. Amusante cette distribution, à l’entrée de la projection de presse, d’une plaquette touristique pour Stockholm, quand le film décrit la ville et ses environs comme rien moins que le cœur du pire de l’Humanité. Si The Social Network, L’étrange histoire de Benjamin Button ou Panic Room constituent le versant « lumineux » de la filmo de Fincher, Millénium rejoint lui sans peine Seven, Fight Club et Zodiac sur sa face obscure, où le cinéaste explore les instincts les plus malsains d’une danse macabre de ses congénères avec la folie meurtrière. Pas étonnant que l’histoire imaginée par feu le romancier Stieg Larsson, dans la trilogie initiée en 2005, ait capté l’attention d’un cinéaste à ce point fasciné par le mal à l’état pur.
La sordide affaire sur laquelle le journaliste Mikael Blomkvist enquête au sein des Wenger, une riche dynastie suédoise au passé entaché de l’infamie nazie, l’amène à plonger dans un puits sans fond de saloperie humaine dont les premières victimes sont les femmes. Harriet (la petite fille portée disparue du patriarche Henrik Wenger) et Lisbeth Salander, la hackeuse lesbienne psychotique aidant Blomkvist, illustrent ainsi chacune le martyr silencieux d’une féminité suppliciée dans l’ombre d’une société scandinave en apparence idéale, feutrée, mais rongée de l’intérieur par les pires démons. Et l’on sait gré au scénariste Steven Zaillian et à Fincher de n’avoir rien édulcoré du matériau d’origine, ne reculant jamais devant les saillies sexuelles et sanglantes cauchemardesques de leur modèle. On ne peut aussi que s’incliner devant la perfection formelle d’un film aux cadrages parfaits et à la recherche chromatique pensée en fonction de la géographie et de la rudesse du climat hivernal suédois. David Fincher est bien techniquement le meilleur réalisateur du monde et Jeff Cronenweth un chef opérateur de génie, leur talent maniaque conjugué faisant de Millenium un objet esthétique fascinant. C’est bien le moins qu’on puisse attendre du tandem magique de The Social Network.
Et pourtant… j’ai déjà vu ce film. A quelques détails près, Zaillian et Fincher ne quittent pas d’une semelle le récit tel qu’il nous a déjà été raconté en 2009. Les grandes thématiques socio-politiques, le soufre, le look, l’intrigue « Agatha Christienne » et la complexité narrative de Millenium 2011 étaient déjà présents dans la version 2009, certes en plus « rustique ». Même Daniel Craig et Rooney Mara ressemblent étrangement physiquement à leurs homologues suédois, jusque dans le patronyme pour Noomi Rapace… pardon Rooney Mara. La Lisbeth Salander que cette dernière compose fait froid dans le dos et la métamorphose de l’actrice stupéfiante. Mais finalement, Noomi Rapace ne dégageait pas moins d’animalité terrifiante dans sa propre interprétation. Et lorsque l’action s’emballe, comme dans la scène du métro ou la poursuite finale, Fincher se contente du strict minimum : bluffé par la virtuosité du couple cadrage/montage, on en veut plus mais à peine a-t-on le temps de bander que le cinéaste coupe déjà court à l’action.
Je peux comprendre l’argument avancé pour justifier que l’intrigue n’ait même pas été transposée dans un cadre américain (« les racines de l’histoire sont totalement suédoises »). Mais dans ce cas… pourquoi ? Comment puis-je me laisser emporter par le même script, servi dans les mêmes décors, avançant au gré des mêmes étapes principales, avec un simple changement de personnel devant et derrière la caméra ? Même si la comparaison peut sembler abusive, je me souviens être sorti d’une projection du Psycho de Gus Van Sant avec une sensation similaire : pour quoi faire ? Et moi de réaliser soudainement que, hormis sa réalisation supérieure et la prestation démente et transformiste de Rooney Mara, je n’ai finalement pas grand-chose de plus à ajouter sur ce film. Vous n’avez pas vu la version de Niels Arden Oplev, ni lu les livres de Stieg Larsson ? Foncez voir Millenium de David Fincher, vous la prendrez, votre claque. Pour les autres, allez-y aussi parce que même décevant, un Fincher reste une expérience de cinéma supérieure à 80% du reste de la production US. Mais en ce qui me concerne, ce Millenium-là ne dépasse pas le stade du brillant exercice de style aux rebondissements tous prévisibles. Enfer et damnation !
Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de David Fincher. Sortie nationale le 18 janvier 2012.






N’ayant pas vu la version suédoise, j’irais prendre ma dose de fincher qui est un cinéaste vraiment essentiel! Perso, j’en espère beaucoup…
Ça me rappelle un peu le cas de « Infernal Affairs »/ »The Departed », j’étais (et je suis toujours) en admiration devant l’original, et je trouve à ce titre que la version US, aussi bonne et intéressante soit-elle, m’apparaît comme une sorte de copie mal assumée, forcément décevante.
Alors oui, j’imagine que je comprends ta retenue ici. Et pourtant, avec l’équipe aux manettes cette fois (casting -au sens large- parfait, on ne peut pas trouver mieux, tu l’as dit), comment être déçu ?
Le problème, c’est que nous, nous allons devoir attendre encore un mois pour se faire une idée. Cruel.
On a mis du ketchup sur le scénario original !… … Fallait pas !
Ces américains et leur égo démesuré !
J’ai d’abord lu puis vu la trilogie Millénium. La version suédoise réalisée par Niels Arden Oplev colle parfaitement et de façon magistrale à la version papier de Stieg Larsson. L’ambiance générale est magnifiquement bien transposée et la technique/photographie plus « brute » (en opposition à lisse) de la mise en œuvre donne une presque inconfortable impression de réalité. Le casting est parfait lui aussi avec une Noomi Rapace juste exceptionnelle. Rooney Mara n’arrive pas à retenir l’attention durant la bande annonce car le rôle à l’air d’une pale caricature du personnage savamment étudié et interprété par Noomi Rapace.
Croire que l’on puisse faire mieux est, à mon sens, d’une arrogance crasse même si l’on s’appelle David Fincher ! Au moins aurait-il pu tenter une version franchement différente, proposer un autre angle de vue, mais visiblement, même le scénario est un copier/coller !
Alors quel est le message ? Si ce n’est pas américain, ce n’est pas un vrai film ?! Pour être regardable il faut que cela passe par la grosse « machine » américaine ?
Il y a des films excellents et un vrai savoir faire aux états unis, mais pour le cas de ce remake, à la simple vue de la bande annonce, on a vraiment l’impression d’une envie de donner des leçons sans avoir réussi sa copie ! Pas très correct tout çà…
Petit conseil amical et sans obligation :
Si vous avez réellement envie de voir cette version, ne visionnez surtout pas la version suédoise avant. Par contre, offrez-vous la trilogie suédoise après.
Si vous avez déjà vu la version suédoise… Bas vous n’avez certainement pas envie de voir la version américaine, fut-elle celle de Fincher !
Bonne année à tous !
J’aurais pas dis mieux ! Et bonne année à toi aussi !
Merci !
Bien qu’un peu salissant, c’est plus facile qu’en çà sort des tripes !
J’en profite pour te féliciter pour ton Trophée Golden Blog… C’est ainsi que j’ai appris l’existence de ta planète, riche et très intéressante !
Internet n’a pas QUE des bons côtés, mais tout de même, quel bel outil !
Le problème, c’est surtout que si Ficher est très consciencieux, il n’est pas du tout habité par la révolte qui dévore Larson et ses personnages. Le féminisme, il s’en fout, et ce n’est parce qu’il adapte un brûlot qu’il va remettre en question sa manière de caractériser ses personnages féminins. Lisbeth va donc soudainement devenir objectivée et sexy, et se balader en lingerie transparente dans un plan qui n’inclus pas son visage. pire, elle va demander l’autorisation a Michael de tuer le méchant, là ou le livre inverse les rôle : elle annonce u’elle va se le faire et Michael tente de la retenir. Plus aucune mention de ces « hommes qui n’aiment pas les femmes », la question de la misogynie ordinaire qui permet à ces horreurs de continuer, et évacuée. C’est nul, le film perd de sa puissance de feu.